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Arrêter de fumer

Arrêter de fumer quand on est une femme

Par Christopher, , 5 min de lecture

Femme vue de dos marchant pieds nus au bord de l'eau sur une plage au coucher du soleil
Une marche au bord de l'eau au coucher du soleil. Photo Jeremy Bishop, CC0, via Wikimedia Commons

Arrêter de fumer, femme ou homme, passe par les mêmes outils : substituts, vape, médicaments, accompagnement. Quelques sujets se posent pourtant surtout aux fumeuses : le cycle menstruel, la contraception, la grossesse, la crainte du poids, et un héritage publicitaire qui a longtemps présenté la cigarette comme un symbole de liberté féminine.

Les fumeuses en France : 16,2 % en 2024

D’après le Baromètre de Santé publique France 2024, 16,2 % des femmes de 18 à 75 ans fument chaque jour, contre 20,4 % des hommes. Chez les femmes, la baisse est nette : elles étaient 22,5 % en 2021. L’écart entre les sexes, très large dans les années 1950, s’est resserré au fil des décennies, à mesure que le tabagisme féminin progressait puis reculait à son tour.

Comme chez les hommes, la consommation varie fortement selon la situation sociale et financière. Les jeunes femmes ont aussi suivi la baisse générale des 18-29 ans, passés de 29 % de fumeurs quotidiens en 2021 à environ 18 % en 2024, tous sexes confondus.

Cycle menstruel et envies de fumer

Plusieurs études décrivent des signes de manque plus marqués dans les jours qui précèdent les règles : irritabilité, tension, envie de fumer accrue. D’autres travaux ne retrouvent pas de différence nette, et la question reste discutée. En pratique, certaines femmes choisissent de démarrer leur arrêt dans la première moitié du cycle, quand elles se sentent plus stables, ou anticipent la période prémenstruelle avec une aide renforcée.

Un exemple fréquent : une fumeuse de quinze cigarettes par jour tient bien ses dix premiers jours, puis sent l’envie remonter brutalement une semaine avant ses règles. Prévoir ce moment, avec un substitut oral en plus du patch et quelques soirées calmes, évite de l’interpréter comme un échec.

Pilule, tabac et contraception

Les notices des pilules combinées, qui associent un œstrogène et un progestatif, citent le tabac parmi les facteurs qui augmentent le risque de thrombose et d’accident cardiovasculaire, en particulier après 35 ans. Le sujet est abordé par le médecin ou la sage-femme lors de la prescription : selon l’âge et la consommation, une autre méthode peut être proposée, comme une pilule progestative, un stérilet ou un implant.

L’arrêt du tabac change donc aussi les options contraceptives. Une consultation de contraception est d’ailleurs une occasion courante de parler sevrage, et les sages-femmes peuvent prescrire des substituts nicotiniques remboursés à 65 %.

Grossesse : les chiffres et les aides

L’Enquête nationale périnatale relève que 12,2 % des femmes fumaient encore au troisième trimestre de grossesse en 2021, contre 16,3 % en 2016. Les autorités de santé recommandent l’arrêt à tout moment, avant la conception ou pendant la grossesse, et chaque semaine sans tabac compte.

Les substituts nicotiniques sont utilisables pendant la grossesse ; la dose se règle avec la sage-femme ou le médecin. Le 39 89 de Tabac info service propose un suivi gratuit par un tabacologue, avec des entretiens adaptés aux futures mères. Beaucoup de maternités disposent aussi d’une consultation dédiée. Le partenaire fumeur est fréquemment invité à arrêter en parallèle, ce qui simplifie la vie à la maison.

Le poids après l’arrêt

La crainte de grossir revient souvent parmi les freins cités par les fumeuses. En moyenne, les études relèvent une prise de poids de quatre à cinq kilos douze mois après l’arrêt, mais les écarts sont larges : près d’un ex-fumeur sur cinq garde son poids. La nicotine accélère légèrement le métabolisme et coupe l’appétit ; à l’arrêt, l’appétit revient et le grignotage remplace parfois le geste.

Les tabacologues déconseillent en général d’entamer un régime pendant le sevrage, pour ne pas cumuler deux privations. Des collations prévues, une activité physique régulière et un substitut bien dosé, qui atténue la faim, font partie des pistes les plus citées.

Les aides à l’arrêt, sans distinction de sexe

Les traitements validés sont les mêmes pour les deux sexes. Les substituts restent la première option citée par la Haute Autorité de santé ; la vape est utilisée par de nombreuses ex-fumeuses, avec des liquides de 10 ml au plus et un plafond de 20 mg/ml de nicotine. Les médicaments sur ordonnance ont leurs propres précautions, à voir avec le médecin, notamment en cas de grossesse ou d’allaitement.

Le soutien de groupe, en consultation ou en ligne, attire une part importante de fumeuses. Les échanges entre femmes qui arrêtent au même moment portent souvent sur les mêmes sujets : le cycle, le poids, les enfants qui posent des questions, le conjoint qui continue de fumer.

Un siècle de publicités pour les femmes

1929, les « torches of freedom »

Le 31 mars 1929, lors du défilé de Pâques sur la Cinquième Avenue à New York, de jeunes femmes allument des cigarettes devant les photographes. L’opération est orchestrée par Edward Bernays, pionnier des relations publiques, pour le compte d’un grand fabricant de tabac américain. La presse relaie l’image de ces « torches de la liberté », et fumer en public devient pour les femmes un geste associé à l’émancipation.

Cigarettes fines et slogans

Les décennies suivantes multiplient les produits pensés pour une clientèle féminine : cigarettes longues et fines, filtres blancs ou décorés, paquets aux couleurs pastel, arguments sur la minceur et l’élégance. En 1968, une marque américaine lance une cigarette fine réservée aux femmes avec le slogan « You’ve come a long way, baby », qui lie le tabac aux conquêtes féministes. Le cinéma prolonge le message pendant des décennies : stars hollywoodiennes cigarette à la main, héroïnes indépendantes qui fument en terrasse, scènes de séduction autour d’un briquet. Dans les années 1970 et 1980, les magazines féminins accueillent des pleines pages de publicité vantant des cigarettes « légères » et raffinées, souvent associées à des images de minceur et de voyage. J’ai encore en mémoire ces affiches de magazines féminins, croisées bien avant mes premières cigarettes.

De la loi Évin au paquet neutre

En France, la loi Évin de 1991 interdit la publicité en faveur du tabac. Le paquet neutre, obligatoire depuis le 1er janvier 2017, impose une couleur unique, des avertissements illustrés et une typographie normalisée : les codes visuels réservés aux femmes disparaissent du paquet de cigarettes. Le menthol, souvent mis en avant dans les produits destinés aux femmes, est interdit dans l’Union européenne depuis mai 2020. La même réglementation européenne impose des paquets en forme de pavé, d’au moins vingt cigarettes, ce qui a fait disparaître les étuis allongés évoquant un rouge à lèvres ou un flacon de parfum. J’ai fumé mes dernières années avec ces paquets neutres, et leur couleur terne m’a frappé dès le premier achat.

Questions fréquentes

Les femmes ont-elles plus de mal à arrêter de fumer ?

Les études ne donnent pas de réponse tranchée. Certaines décrivent un sevrage plus difficile chez les femmes, en lien avec le cycle ou la crainte du poids, d'autres ne trouvent pas d'écart important. Les mêmes aides sont proposées aux deux sexes.

Peut-on prendre la pilule et fumer ?

Les notices des pilules combinées citent le tabac comme facteur de risque de thrombose, surtout après 35 ans. Le médecin ou la sage-femme peut proposer une autre contraception selon l'âge et la consommation. La question se règle lors de la consultation.

Peut-on utiliser des patchs pendant la grossesse ?

Oui, les substituts nicotiniques sont utilisables pendant la grossesse. Ils peuvent être prescrits par une sage-femme ou un médecin et sont alors remboursés à 65 %. La dose se règle avec le professionnel qui suit la grossesse.

Combien de kilos prend-on en arrêtant de fumer ?

La moyenne tourne autour de 4 à 5 kg après douze mois, très variable selon les personnes. Environ un ex-fumeur sur cinq ne prend pas de poids. Le changement d'appétit et le grignotage de remplacement expliquent une bonne part de cette hausse.