Génération sans tabac : les jeunes et la cigarette
La génération sans tabac désigne l’objectif fixé par les pouvoirs publics : qu’en 2032, les enfants nés à partir de 2014 arrivent à l’âge adulte sans fumer. Pour y parvenir, la France combine interdiction de vente aux mineurs, hausse des prix, interdiction des puffs et prévention à l’école.
2032 : l’objectif inscrit dans le PNLT
L’idée d’une génération sans tabac est apparue dans le plan national de 2014, et le Programme national de lutte contre le tabac 2023-2027 l’a reprise. Les enfants nés en 2014 auront 18 ans en 2032. L’objectif est qu’ils soient très peu nombreux à fumer, avec un seuil souvent fixé à moins de 5 % de fumeurs. Il ne s’agit pas d’une interdiction de fumer pour une tranche d’âge, mais d’un cumul de mesures qui rendent l’entrée dans le tabagisme plus difficile.
Le raisonnement repose sur un constat partagé par les autorités sanitaires : la grande majorité des fumeurs adultes ont allumé leur première cigarette avant 18 ans. Retarder ou éviter cette première expérience pèse donc sur la proportion de fumeurs dans les décennies suivantes. Pour ma part, j’ai commencé au lycée, comme la plupart des fumeurs de mon âge que je connaissais.
Les jeunes fumeurs en chiffres
L’enquête ESCAPAD, menée par l’Observatoire français des drogues et des tendances addictives auprès des jeunes de 17 ans lors de la Journée défense et citoyenneté, sert de référence. En 2022 :
- 15,6 % des jeunes de 17 ans fumaient tous les jours, contre 25 % en 2017 ;
- environ un jeune sur deux avait déjà essayé le tabac ;
- un peu plus d’un sur deux avait déjà essayé la cigarette électronique, dont l’usage quotidien a progressé sur la même période.
Chez les collégiens et lycéens, l’enquête EnCLASS montre la même tendance : les usages de tabac reculent nettement depuis une dizaine d’années. Chez les adultes, le Baromètre de Santé publique France 2024 confirme le mouvement, avec 18 % de fumeurs quotidiens chez les 18-75 ans, contre 25 % en 2021.
Le recul du tabac à 17 ans s’accompagne donc d’une hausse de l’essai de la vape. Les autorités suivent les deux indicateurs séparément.
Vente interdite aux mineurs : la règle et son contrôle
Depuis 2009, la vente de tabac est interdite aux moins de 18 ans en France. L’interdiction s’applique aussi aux cigarettes électroniques et aux e-liquides. Le buraliste ou le vendeur peut exiger une pièce d’identité, et une affiche rappelant la règle doit être visible dans le point de vente.
Le PNLT prévoit un renforcement des contrôles. Des tests d’achat menés par des associations ont régulièrement montré que des mineurs parvenaient à acheter des cigarettes chez une partie des buralistes. L’offre gratuite de tabac à un mineur, par un commerçant, est elle aussi interdite.
Le prix comme frein
Les jeunes, qui disposent de petits budgets, sont les plus sensibles au prix du paquet. Avec un paquet de 20 cigarettes à 12,47 € en moyenne au 1er septembre 2026, et 13 € visés en 2027, un lycéen qui fumerait dix cigarettes par jour dépenserait près de 190 € par mois.
Puffs : la porte d’entrée fermée en 2025
Avant leur interdiction, les puffs, ces vapoteuses jetables aux couleurs vives et aux arômes sucrés, s’étaient répandues dans les collèges et les lycées. Leur prix bas, quelques euros pièce, leur forme discrète et leurs goûts de bonbon ou de fruit les rendaient accessibles aux plus jeunes, même si la vente aux mineurs était déjà interdite.
Depuis le 26 février 2025, la vente, la distribution et l’offre de puffs sont interdites, avec des amendes allant jusqu’à 100 000 €, et 200 000 € en cas de récidive. Les vapoteuses rechargeables restent en vente, réservées aux majeurs.
Réseaux sociaux, influence et paquet neutre
La publicité pour le tabac est interdite en France depuis la loi Évin de 1991, et la promotion des produits du vapotage est elle aussi encadrée. La loi de 2023 sur l’influence commerciale interdit aux influenceurs de faire la promotion des produits du tabac et du vapotage. Des contenus mettant en scène cigarettes, vapes ou sachets de nicotine continuent toutefois de circuler sur les plateformes, souvent publiés par des comptes étrangers ou sans lien commercial affiché.
Les sachets de nicotine illustrent ce décalage entre règle et usage. Ces petits sachets glissés sous la lèvre, sans fumée ni odeur, se sont diffusés chez les lycéens et les jeunes adultes, souvent repérés en ligne. Un décret devait en interdire la production et l’exportation à partir d’avril 2026 ; le Conseil d’État l’a suspendu le 22 décembre 2025, et le dossier reste en cours au 23 octobre 2026. Le tabac chauffé, lui, a perdu ses arômes dans toute l’Union européenne depuis octobre 2023.
Le paquet neutre, en place depuis 2017, retire au paquet de cigarettes son rôle de support de marque. Le PNLT prévoit d’étendre cette neutralité aux produits du vapotage.
En parler avec un ado
Les professionnels de la prévention, notamment Tabac info service, proposent quelques repères pour aborder le sujet avec un adolescent :
- Poser des questions ouvertes plutôt qu’un interrogatoire : ce qu’il voit autour de lui, ce qu’en pensent ses amis, s’il a déjà essayé.
- Parler de la dépendance en termes concrets : l’envie qui revient, l’argent qui part, le besoin de sortir pendant un film ou un repas.
- Parler du marketing : arômes, emballages, contenus sponsorisés. Les ados réagissent souvent à l’idée d’être une cible commerciale.
- Raconter son propre parcours quand on fume ou qu’on a fumé : l’âge de la première cigarette, les tentatives d’arrêt, le coût sur des années.
- Proposer de l’aide s’il fume déjà : le 39 89, les consultations jeunes consommateurs (CJC), gratuites et confidentielles, ou un médecin qui peut prescrire des substituts nicotiniques.
Une situation type
Une mère découvre que son fils de quinze ans vapote avec des amis à la sortie du lycée. Plutôt que de confisquer l’appareil sur-le-champ, elle lui demande le soir ce qu’il y met, combien il dépense et s’il en ressent le besoin le week-end. Elle lui indique ensuite la consultation jeunes consommateurs la plus proche et le 39 89, et lui laisse la décision de les contacter. Le sujet reviendra plusieurs fois avant qu’il ne fasse un choix.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la génération sans tabac ?
C'est l'objectif des pouvoirs publics pour 2032 : que les enfants nés à partir de 2014 deviennent des adultes non-fumeurs. Il est inscrit dans le PNLT 2023-2027. Il repose sur la prévention, le prix et l'interdiction de vente aux mineurs.
À quel âge peut-on acheter des cigarettes en France ?
La vente de tabac est interdite aux moins de 18 ans depuis 2009. La règle s'applique aussi aux cigarettes électroniques et aux e-liquides. Le vendeur peut demander une pièce d'identité.
Combien de jeunes fument en France ?
Selon l'enquête ESCAPAD 2022, 15,6 % des jeunes de 17 ans fumaient chaque jour, contre 25 % en 2017. Environ la moitié a déjà essayé le tabac. L'essai de la cigarette électronique, lui, a progressé.
Comment aider un adolescent à arrêter de fumer ?
Les consultations jeunes consommateurs, gratuites et confidentielles, accueillent les ados et leurs parents. Le 39 89 répond aussi aux jeunes et à leur entourage. Un médecin peut prescrire des substituts nicotiniques adaptés à leur âge.
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