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Le sevrage au quotidien

Arrêter de fumer sans prendre de poids

Par Christopher, , 5 min de lecture

Étal de marché garni d'oignons, de poivrons jaunes et verts et de tomates
Des légumes frais à portée de main aident à gérer l'appétit qui revient après la dernière cigarette. Photo PattayaPatrol, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Arrêter de fumer fait gagner en moyenne 4 à 5 kg sur douze mois, mais cette prise de poids reste très inégale : à peu près un ancien fumeur sur cinq garde son poids, quand d’autres dépassent nettement la moyenne. Trois mécanismes l’expliquent, le métabolisme qui ralentit, l’appétit qui revient et le grignotage qui remplace la cigarette, et chacun a ses parades.

Métabolisme, appétit, grignotage : les trois causes

Une dépense d’énergie un peu plus faible

La nicotine accélère légèrement le fonctionnement du corps : le cœur bat plus vite, l’organisme brûle un peu plus d’énergie au repos. Sans elle, cette dépense revient à son niveau naturel. À alimentation identique, le corps stocke donc un peu plus qu’avant. L’écart est modeste, mais il joue sur des mois.

Un appétit libéré

La nicotine agit aussi comme coupe-faim. Beaucoup de fumeurs sautaient un petit-déjeuner ou remplaçaient le dessert par une cigarette. Après l’arrêt, la faim se fait sentir à des heures où elle était masquée. Le goût et l’odorat reviennent en parallèle, et les plats paraissent plus savoureux.

Un geste à remplacer

Une cigarette, c’est un objet porté à la bouche une quinzaine de fois par jour pour un fumeur d’un paquet. Le réflexe le plus simple pour combler ce vide passe par la nourriture : un biscuit avec le café, une poignée de cacahuètes devant l’écran. Le sucré a aussi un effet réconfortant qui ressemble à celui de la cigarette dans les moments de tension.

4 à 5 kg en moyenne, avec de grands écarts

Les études de suivi d’ex-fumeurs convergent vers une moyenne de 4 à 5 kg au bout d’un an. La plus grande partie de cette prise survient dans les trois premiers mois, puis la courbe ralentit. Derrière la moyenne, les profils varient beaucoup :

  • environ un ex-fumeur sur cinq garde le même poids, voire en perd un peu ;
  • la majorité se situe dans la fourchette de quelques kilos ;
  • une minorité prend nettement plus, souvent des personnes qui fumaient beaucoup ou qui avaient déjà tendance à grignoter sous le coup des émotions.

Les cardiologues rappellent un point souvent cité : chez la plupart des ex-fumeurs, ces kilos ne compensent pas la baisse du risque cardiovasculaire liée à l’arrêt. J’ai pris à peu près la moyenne lors de mon dernier arrêt, et elle est redescendue en partie au cours de la deuxième année, avec le retour du vélo.

Pas de régime pendant le sevrage

Les tabacologues donnent presque tous la même consigne : ne pas commencer de régime restrictif en même temps que l’arrêt. Lutter contre le manque et contre la faim à la fois épuise la volonté, et la frustration alimentaire fait partie des déclencheurs de rechute. L’objectif des premiers mois est de stabiliser, pas de maigrir. Une perte de poids éventuelle se travaille plus tard, une fois le sevrage installé.

Cela n’empêche pas de manger de façon organisée. La différence tient au cadre : pas d’interdits, mais des repas à heures fixes et des collations prévues, plutôt qu’une lutte permanente contre l’envie de manger.

Collations et repas : une organisation simple

  • Trois repas réguliers, y compris un petit-déjeuner si l’on avait l’habitude de le sauter : la faim arrive moins brutalement.
  • Une ou deux collations prévues : un fruit, un yaourt nature, une poignée d’amandes, des bâtonnets de carotte ou de concombre.
  • De l’eau à portée de main : une gorgée remplace souvent le réflexe de porter quelque chose à la bouche.
  • Le chewing-gum sans sucre, les bâtons de réglisse ou les infusions pour occuper la bouche après un repas.
  • Moins d’alcool : il ouvre l’appétit, apporte des calories et réveille l’envie de fumer.

Un exemple de journée type : café et tartines au réveil, une pomme à 10 heures à la place de la cigarette de pause, déjeuner habituel, un yaourt et quelques noix à 16 heures, dîner puis une infusion au lieu de la cigarette d’après-repas. Rien d’héroïque, mais chaque moment autrefois occupé par le tabac a son remplaçant.

L’activité physique, alliée du poids et du moral

Bouger compense une partie de la dépense d’énergie perdue avec la nicotine. L’effet ne se limite pas à la balance : une séance d’effort réduit l’intensité des envies dans l’heure qui suit, détend et améliore le sommeil, souvent chahuté pendant le sevrage. Le stress, qui pousse vers le placard à gâteaux, en est aussi atténué.

Pas besoin d’un programme intense. Trente minutes de marche rapide par jour, l’escalier plutôt que l’ascenseur, une sortie à vélo le week-end ou une séance de natation hebdomadaire suffisent à faire la différence sur plusieurs mois. Le souffle qui revient dans les semaines suivant l’arrêt rend ces efforts plus agréables qu’au temps de la cigarette. Je ne suis jamais devenu sportif, mais la marche du soir est restée.

Substituts et traitements : un effet d’atténuation

Les substituts nicotiniques continuent d’apporter de la nicotine pendant le sevrage, avec son léger effet coupe-faim et sur la dépense d’énergie. Les synthèses d’études observent une prise de poids plus faible pendant le traitement, l’écart se réduisant une fois les substituts arrêtés. Les gommes et pastilles ont un intérêt supplémentaire : elles occupent la bouche au moment des fringales. Les médicaments sur ordonnance montrent un effet comparable pendant leur durée de prise.

Avec la cigarette électronique, la nicotine reste présente elle aussi, et le geste main-bouche est conservé. Certains vapoteurs remarquent que l’envie de grignoter est moins forte qu’avec un arrêt sans aide, mais les données manquent pour chiffrer cet effet.

Surveiller sans s’obséder

Se peser une fois par semaine, le même jour et à la même heure, donne une tendance fiable sans transformer chaque repas en sujet d’inquiétude. Une hausse rapide, au-delà de la moyenne, peut être évoquée avec un médecin, un diététicien ou un tabacologue, qui ajusteront le traitement de substitution ou le cadre alimentaire. Pour une personne qui a déjà connu des troubles du comportement alimentaire, cet accompagnement se prévoit dès le départ.

Questions fréquentes

Pourquoi grossit-on quand on arrête de fumer ?

La nicotine augmentait légèrement la dépense d'énergie et coupait l'appétit. Sans elle, le corps brûle un peu moins, la faim revient et le grignotage prend souvent la place de la cigarette.

Combien de kilos prend-on après la dernière bouffée ?

Les études de suivi situent le gain moyen entre 4 et 5 kg sur un an, concentré dans le premier trimestre. Une personne sur cinq environ n'en prend aucun, tandis qu'une minorité en prend bien plus.

Faut-il faire un régime en arrêtant de fumer ?

Les tabacologues déconseillent en général de cumuler sevrage et régime restrictif, qui épuisent tous deux la volonté. Ils proposent plutôt des repas réguliers, des collations prévues et une activité physique quotidienne.

Les patchs empêchent-ils de grossir ?

Ils ne l'empêchent pas, mais la prise de poids est en moyenne plus faible pendant qu'on les utilise. L'écart tend à se réduire après la fin du traitement.